Il y a un geste que je vois souvent en séance. Le poing part — et il s’arrête. Pas par manque de force. Par quelque chose d’autre. Une retenue qui n’est pas de la retenue volontaire.
J’ai longtemps appelé ça de l’inhibition. Mais ce n’est pas tout à fait juste. L’inhibition suppose qu’il y a une intention bloquée. Là, c’est différent. Le geste ne se bloque pas — il ne se finit pas. Comme s’il n’avait pas encore décidé d’exister complètement.
Ce qui m’intéresse cliniquement c’est : que se passe-t-il dans ce demi-geste ? Il y a quelque chose qui cherche à s’articuler entre l’impulsion et l’impact. Entre vouloir atteindre et pouvoir atteindre.
Winnicott parlerait peut-être d’une attaque sans réponse suffisante dans l’histoire du sujet. Le geste qui ne va pas au bout c’est parfois un geste qui n’a jamais rencontré de tenue assez solide pour se laisser aller.
Ce que la boxe permet — et que la parole seule ne permet pas nécessairement — c’est de remettre ce geste en jeu. Pas pour le débloquer. Pour voir ce qu’il cherche.
La question que je me pose encore : est-ce que ce poing qui s’arrête protège l’autre — ou se protège lui-même ?